Kinshasa, le 14 août 2020 – (caritasdev.cd) : En marge de la Journée internationale des Peuples Autochtones, célébrée cette année ce 9 août 2020, caritasdev.c d a interviewé ce jeudi 14 août à Kinshasa Monsieur Léonard Bombolo Bosenge, Facilitateur d’une organisation des Peuples autochtones en RDC dite ANAPAC. Celui-ci est aussi Point focal du REPALEF Kinshasa, une autre structure des Peuples Autochtones dans le pays. Dans cette interview, à lire in extenso ci-dessous, Juriste Léonard Bombolo Bosenge a encouragé la Caritas Congo Asbl comme membre allié de la Communauté Autochtone Pygmée de la RDC à poursuivre son travail avec elle. Cet Juriste, qui est lui-même de la Communauté des Peuples Autochtones dans son pays, a aussi demandé à la Caritas Congo Asbl, lors de cette interview, de veiller à ce que les actions menées dans le cadre des initiatives mises en œuvre puissent apporter un changement lors la célébration de prochaines Journées Internationales des Peuples Autochtones, rapporte caritasdev.cd
Question (Q) : La Journée Internationale des Peuples Autochtones a été célébrée à Kinshasa, en RDC, ce dimanche 9 août 2020. Qu’avez-vous retenu de très important à ce sujet, concernant les Peuples Autochtones eux-mêmes comme personnes participant aux cérémonies organisées ce jour-là ?
Réponse (R) :
De plus en plus, les Peuples Autochtones Pygmées de la RDC prennent conscience de la responsabilité qui est la leur pour orienter leur destin. Hormis des aspects liés aux festivités de cette date, des réflexions scientifiques sur les questions susceptibles de compromettre leurs libertés, leur bien-être social et la participation active dans l’effort de développement de la République démocratique du Congo ont été au rendez-vous. En plus, exceptionnellement pour cette année, le Gouvernement s’est mobilisé aux cotés des Peuples Autochtones pour fêter avec faste cette journée avec eux.
Q : Qu’avez-vous à dire aujourd’hui de très pertinent après la célébration de ladite Journée par rapport à son thème portant sur la résilience ?
R : En rapport avec la résilience, il faut noter que les Peuples autochtones sont plus que jamais « résilients » face à leur situation d’extrême pauvreté, de discrimination et de déni de leurs droits, sans oublier les questions liées au changement climatique. La Covid 19 a aussi permis aux Peuples autochtones de comprendre l’importance du maintien et de la pérennité dans le temps de leurs savoirs, de leur savoir-faire et de vivre avec la nature, par le recours à leur pharmacopée, non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour les autres groupes. Ceci tout en renforçant leur système immunitaire, avant d’envisager le mécanisme de mise en quarantaine de leurs zones de vie.

Q : Comment les Peuples Autochtones (PA) en RDC se présentent-ils aujourd’hui ?
R: Par suite d’absence des statistiques mises à jour dans d’autres secteurs du pays, il n’existe pas de données fiables issues du recensement scientifique des Peuples Autochtones. Néanmoins, les estimations faites par les Agences des Nations Unies en 2018 font état de plus ou moins un million d’âmes, représentant plus ou moins 1% de la population congolaise. Les Peuples Autochtones Pygmées de la RDC sont repartis en cinq grands groupes, en fonction de leurs dénominations et de leurs pôles territoriaux. Il s’agit : des Aka du Nord-Ouest de la RDC , des Batwa autour des Lacs Ntumba et Mai-Ndombe, des Mbuti de la Province Orientale, des Twa du district/Province de Tanganyika et des Cwa de deux Kasai. Les Aka du Nord-Ouest de la RDC sont situés dans la Province du Nord-Ubangi et ils sont également présents au Cameroun, appartenant au groupe Batwa . Les Batwa autour des Lacs Ntumba et Mai-Ndombe vivent sur la rive gauche du fleuve Congo, jusqu’au sud de Lisala (Territoire de Bongandanga) . Les Mbuti de la Province Orientale sont localisés surtout autour de la réserve de faune à Okapis, dans les Territoires de Mambasa, dans la Province de l’Ituri et à Bafwasende. On retrouve également les Bambuti dans le Maniema, dans les Nord et Sud-Kivu. Les Twa du district/Province de Tanganyika vivent donc dans le grand Katanga et ils sont également présents dans les montagnes du Kivu (Batswa). Quant aux Cwa de deux Kasai, ils sont repérables également dans le Maniema. On peut à ce sujet consulter comme manuel de référence l’Atlas, de localisation des Peuples Autochtones Pygmées en République démocratique du Congo, dans sa première Edition, à la page 8.
Q : Qu’est-ce que vous dites à l’occasion de la Journée Internationale des Peuples Autochtones sur les femmes autochtones et les enfants autochtones en RDC ?
R : A l’instar des hommes et jeunes autochtones de la RDC, leurs femmes et enfants ne font pas exception face à la discrimination dont ils sont l’objet depuis des décennies. C’est ce qui ressort de l’analyse de vulnérabilité accrue de cette catégorie des personnes dans certaines provinces de la RDC lors de la réalisation des études socio-économiques dans trois provinces congolaises. Ces études ont été réalisées par l’ANAPAC RDC, au KASAI ( Mweka), à Mai-Ndombe (Kiri) et en Ituri (Mambasa), et ce par rapport à l’accès à l’éducation de base, aux soins de santé primaires, la santé maternelle, l’emploi, etc.
Concernant la célébration de la Journée Internationale des Peuples Autochtones en cette année, il a été constaté qu’il n’existait pas encore une large consultation des femmes dans l’organisation des activités en vue de leur participation effective. Par exemple dans la composition de Panels d’interventions programmées, aucune femme n’a été alignée et préparée bien avant pour prendre la parole, hormis l’intervention improvisée d’une d’entre elles, Mme Adolphine Muley, députée nationale travaillant au nom des Peuples Autochtones.
Q : A l’occasion de la Journée Internationale des Peuples Autochtones, quelles sont selon vous leurs revendications pertinentes, d’abord de manière générale et ensuite en rapport avec les projets qui les concernent ou qui sont menés à leur profit ?
R : Les revendications pertinentes à l’occasion de la Journée Internationale des Peuples Autochtones 2020 peuvent être rangées en 5 ordres. Le premier ordre consiste à partager les expériences et la vision des Peuples Autochtones Pygmées sur la prise en compte de leurs droits et règlement pacifique des conflits, notamment dans la Province du Tanganyika entre Pygmées et autres groupes ethniques. Le deuxième ordre est celui de mener le plaidoyer auprès de l’Etat congolais pour l’adoption et la promulgation de la loi portant protection des droits des Peuples Autochtones en gestion à l’Assemblée nationale. Le troisième ordre est celui de plaider pour la sécurisation des terres et autres espaces détenus par les Peuples Autochtones Pygmées à travers le pays, dont les APAC ou Aires et patrimoines autochtones et communautaires locales. Le quatrième ordre concerne l’intégration des Peuples Autochtones Pygmées ou PAP dans des instances de prise de décisions. Le cinquième ordre est la mise en place effective d’un fonds dédié aux PAP pour leur développement en RDC.
Concernant les projets menés au profit des Peuples Autochtones Pygmées de la RD. Congo, il est impérieux de faire en sorte qu’il y ait d’impacts visibles en milieux autochtones qui améliorent sensiblement leurs conditions de vie. En dehors des initiatives liées au plaidoyer pour la sécurisation de leurs terres, il est nécessaire que des Activités génératrices de revenus ou AGR soient mises en avant. Par après il va falloir réduire significativement les dépenses liées aux études, réunions, consultances et autres coûts moins importants, mais qui consomment plus de la moitié des fonds mis à leur disposition.
Q : A l’ occasion de la Journée Internationale des Peuples Autochtones, qu’est-ce que la structure des Peuples autochtones connue sous le nom de REPALEF RDC a comme message particulier à donner ?
R : En tant que Point focal de la plate forme REPALEF ici à Kinshasa, nous estimons qu’elle est appelée à plaider plus encore pour que les Peuples autochtones Pygmées de la RDC puissent accéder à leurs droits fondamentaux, tel que cela est prévu par la Déclaration universelle des droits de l’homme, les différents protocoles y relatifs, la Déclaration des Nations Unies sur les droits de peuples autochtones,… Une attention doit notamment être accordée à la sécurisation foncière des terres des Peuples autochtones, ceux-ci devant avoir droit au chapitre dans le mécanisme de partage des avantages découlant de l’exploitation et de l’utilisation durable des ressources naturelles biologiques et autres.

Q : Voulez-vous, à cette occasion particulière où la parole vous est accordée, parler de votre structure qui est dénommée ANAPAC ?
R : L’ANAPAC RD .Congo a comme objectif global de renforcer et de contribuer à sécuriser les espaces et les modes de vie durables des peuples autochtones et communautés locales, ainsi que la conservation de la diversité biologique des aires et territoires du patrimoine autochtone et communautaire (APAC). Ainsi l‘ANAPAC RD .Congo vise à obtenir auprès de l’Etat congolais une reconnaissance légale des APAC, à l’instar d’autres pays africains comme le Sénégal. En dehors en effet de leur vocation comme « sources de revenus des communautés, d’où elles tirent tout », les APAC incarnent l’identité culturelle de tout un peuple, mettant ainsi en relief le monde visible et invisible.
Q : Qu’est-ce que, à travers vous, au cours de cette interview, l’on peut savoir sur la Ligue Nationale des Associations Autochtones Pygmées du Congo ou LINAPYCO et sur la Fédération des Filles et Femmes Autochtones (FECOFFA), pendant que les Peuples Autochtones continuent à célébrer leur Journée Internationale ?
R : Concernant la LINAPYCO, il convient de savoir qu’elle est le premier Réseau qui s’est implanté ici à Kinshasa, étant bien structuré en termes d’organisation. Ses actions sont visibles à travers le pays et la structure regorgeait et regorge en son sein d’un grand nombre des leaders autochtones qui défendent activement la cause des Peuples Autochtones à travers le pays. Elle est jusqu’à ce jour l’organisation lead sur la question de la sécurisation foncière des terres des peuples autochtones en RD. Congo ainsi que sur d’autres réformes en cours dans le pays : aménagement du territoire, forets…
Pour ce qui est de la FECOFFA, celle-ci est une organisation dédiée aux femmes et jeunes filles autochtones de la RDC. Il est d’une nécessité impérieuse qu’elle soit soutenue techniquement et financièrement. En effet, elle a déjà démontré ses preuves.
Q : Que dites-vous à Caritas Congo Asbl dans le contexte de cette interview ?
R : A la Caritas Congo, qui est devenue du reste un partenaire privilégié des Peuples autochtones de la RDC, et qui comprend mieux l’approche de travail de ces derniers, je dis un grand merci pour avoir pensé à notre modeste personne, afin d’apporter des éléments de réponse aux questions de cette interview qui tombe à point nommé à l’occasion de la célébration de la Journée Internationale des Peuples Autochtones 2020.

Q : Avez-vous une demande particulière à adresser à la Caritas Congo Asbl, en marge de la date du 9 août 2020 ?
R : En guise de demande particulière, comme membre allié de la Communauté Autochtone Pygmée de la RDC, nous encourageons d’abord la Caritas Congo Asbl à poursuivre son travail avec cette dernière, mais aussi nous lui demandons de pouvoir veiller à ce que des actions menées dans le cadre des initiatives mises en œuvre puissent apporter un changement lors de la célébration de prochaines Journées Internationales des Peuples Autochtones.
Q : Quel est votre dernier mot, un mot pertinent bien sûr, après avoir répondu aux questions ci-dessus ?
R : Je peux dire sans crainte de me tromper que nous restons optimistes et pensons qu’un jour les Peuples Autochtones Pygmées, à l’instar d’autres groupes vulnérables, recouvriront leurs droits au même titre que les autres. Pour cela, l’implication de tous (Gouvernement, Peuples Autochtones eux-mêmes, autres communautés voisines, partenaires techniques et financiers) demeure la clef de voûte de leur épanouissement.
Propos recueillis par JOSEPH KIALA
