Genève, le 18 juillet 2019 (caritasdev.cd) : L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) vient de déclarer la Maladie à Virus Ebola (MVE) sévissant en RDC une “urgence de santé publique de portée internationale”. C’était au cours de la réunion du Comité d’urgence convoquée par le Directeur général de l’OMS, au titre du Règlement sanitaire international (RSI) (2005) concernant la MVE, tenue mercredi 17 juillet 2019 à Genève. Cette décision survient trois jours après la confirmation d’un cas d’Ebola dans la ville de Goma, voisine du Rwanda. Par ailleurs, la situation épidémiologique dressée au mercredi dernier par le Ministère de la Santé de la RDC fait état de 1.698 décès et 717 personnes guéries, sur un total de 2.522 cas (2.428 confirmés et 94 probables). Toutefois, aucun pays ne doit fermer ses frontières, ni imposer de restrictions aux voyages ou au commerce.
« Sur la base de ces conseils, des rapports présentés par l’État Parties touché et des informations actuellement disponibles, le Directeur général a accepté l’évaluation du Comité et, le 17 juillet 2019, a déclaré que la flambée de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo constitue une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) », indique un communiqué de l’OMS. Le Directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a remercié les membres et les conseillers du Comité pour leurs conseils et leur a demandé de réévaluer la situation dans un délai de trois mois.
La riposte a contribué à limiter la propagation du virus, malgré des ressources insuffisantes
Le Comité s’est félicité de la riposte jusqu’à présent, menée sous la direction du Ministère de la santé de RDC, et avec le soutien de l’OMS, des organisations des Nations Unies, des ONG et des autres partenaires. La riposte a contribué à limiter la propagation et l’impact de ce virus dans un contexte difficile dans de nombreuses zones de RDC. Le comité a en particulier salué le courage et l’engagement de tous les agents de santé qui sont en première ligne.
Toutefois, le Comité est préoccupé par le fait qu’un an après le début de la flambée, des signes inquiétants laissent entrevoir une possible extension de l’épidémie. Malgré des améliorations notables dans de nombreux lieux, une possible propagation à partir de Goma inquiète, même si aucun nouveau cas n’a été constaté dans cette ville. Le Comité est également préoccupé par la réinfection et la poursuite de la transmission à Beni, qui auparavant avait été associée à l’apparition du virus dans de nombreux autres lieux. Qui plus est, le meurtre de deux agents de santé illustre le risque constant pour les intervenants du fait de l’insécurité.
En outre, malgré les précédentes recommandations appelant à une augmentation des ressources, la communauté mondiale n’a pas contribué à la riposte à la flambée par une aide technique et des ressources humaines ou financières durables et appropriées.
C’est ce qui ressort des exposés des représentants du Ministère de la Santé de la République démocratique du Congo et du Secrétariat de l’OMS ont présenté des exposés. Un point de la situation en République démocratique du Congo a été présenté.
Beni reste l’épicentre de la flambée
On constate une augmentation du nombre de cas à Butembo et Mabalako ; l’épicentre s’est déplacé de Mabalako à Beni ; et un cas importé a été confirmé à Goma. Les facteurs qui caractérisent la flambée sont notamment des mouvements de population dans des zones extrêmement peuplées ; des pratiques de lutte contre l’infection et de prévention médiocres dans de nombreux établissements de santé ; un environnement politique complexe ; une défiance persistante de la communauté ; et l’instabilité constante de la situation en matière de sécurité, qui a conduit aux meurtres récents de deux agents de santé communautaires. Plus de 70 points d’entrée font l’objet d’un suivi et 75 millions de tests de dépistage ont été réalisés, 22 cas ayant été détectés de cette manière. Beni est le principal « point chaud » ; les cas dans d’autres zones sont en diminution. Les cas confirmés ou probables sont au nombre de 2512, dont 136 agents de santé touchés, et 40 décès parmi ceux-ci.
Beni reste l’épicentre de la flambée, avec 46 % des cas au cours des trois dernières semaines. Mangina compte 18 % des cas, et un nouveau cas à Goma venait de Beni, le diagnostic ayant été confirmé dans l’heure qui a suivi l’arrivée du patient dans un centre de santé. Le patient, qui n’était pas connu comme contact, s’est rendu à Goma avec plusieurs autres personnes dans un bus. Lorsque le véhicule est tombé en panne, il s’est rendu dans un établissement de santé en moto. Il a été transféré dans un centre de traitement de la maladie à virus Ebola (MVE), mais est ensuite décédé. La riposte à ce cas survenu à Goma s’est organisée dans les 72 heures. La recherche des cas a été effectuée ; 75 contacts ont été vaccinés, ainsi que les compagnons de voyage du patient, et les membres de la famille font l’objet d’un suivi. La surveillance et la préparation sont renforcées. Chaque jour, 15 000 personnes traversent la frontière entre Goma et le Rwanda, Goma étant un centre d’activités économiques important avec le Rwanda. La fermeture de la frontière aurait d’importantes conséquences sur la population de Goma et des répercussions négatives pour la riposte. L’amélioration de la sensibilisation des populations à la flambée et un engagement plus fort en matière de comportements pour la recherche de soins restent nécessaires.
Le Coordonnateur de l’action d’urgence contre Ebola de l’ONU a fait le point de la situation et des efforts déployés pour créer un environnement propice à la riposte. Il a souligné la nécessité de l’engagement communautaire et d’un accès à toutes les zones, d’une meilleure collaboration multisectorielle et de plus importantes ressources financières et humaines. L’insécurité est le principal sujet de préoccupation, en particulier après le meurtre de deux agents de santé communautaires la semaine dernière. Les efforts pour améliorer la sécurité sont en cours. Il est nécessaire de se concentrer à la fois sur les lacunes dans les interventions et sur la qualité de celles-ci.
Ebola : le risque reste très élevé aux niveaux national et régional, mais faible au niveau mondial
Le Secrétariat de l’OMS a fait le point sur la dernière évaluation rapide des risques. Il a souligné l’efficacité de la riposte ; des améliorations ont été constatées dans la surveillance et la transmission du virus a été réduite en intensité, mais elle s’est étendue géographiquement. Il n’a pas eu de transmission locale dans ces zones, mais la persistance de l’implantation du virus dans de nouvelles zones représente un risque constant de nouvelle amplification.
Le risque reste très élevé aux niveaux national et régional, mais reste faible au niveau mondial. Le cas récent à Goma représente un sujet de préoccupation, étant donné que la ville est une capitale provinciale dotée d’un aéroport avec des vols internationaux.
Par ailleurs, la stratégie de vaccination en anneau s’avère efficace et fructueuse. Les questions liées à l’approvisionnement en vaccins ont été examinées. L’approvisionnement en vaccins et les données relatives à la disponibilité sont actuellement insuffisants, d’où la nécessité d’introduire une dose ajustée. Le Secrétariat de l’OMS s’est félicité de l’augmentation de la production prévue par Merck, qui permettra effectivement de doubler l’approvisionnement en vaccin Ebola rVSV-EBOV en 2020. En outre, le groupe de travail du SAGE chargé d’Ebola assurera le suivi de l’approvisionnement en vaccins et fera le cas échéant une nouvelle proposition d’ajustement de la dose pour garantir des doses adaptées jusqu’à ce que la prochaine production soit disponible.
Des recommandations aux pays concernés
Le Comité a donné les conseils suivants au Directeur général pour l’établissement des recommandations temporaires officielles au titre du RSI (2005).
Aux pays touchés, il est recommandé notamment de continuer à renforcer la sensibilisation, l’engagement et la participation des communautés, y compris aux points d’entrée, avec les populations à risque, en particulier pour identifier les normes culturelles et les croyances qui font obstacle à leur pleine participation à la riposte ; de poursuivre le dépistage au passage des frontières, et sur les principales routes internes pour garantir qu’aucun contact n’est oublié et améliorer la qualité du dépistage moyennant une amélioration du partage des informations avec les équipes de surveillance ; de continuer à collaborer et à améliorer la coordination avec les Nations Unies et les partenaires pour réduire les menaces contre la sécurité, atténuer les risques dans ce domaine, et créer un environnement propice pour les opérations de santé publique, en tant que base essentielle pour accélérer les efforts de lutte contre la maladie.
En outre, il leur est demandé de renforcer la surveillance en vue de réduire la proportion des décès communautaires et le délai entre la détection et l’isolement, et mettre en œuvre un séquençage génétique en temps réel pour mieux comprendre la dynamique de la transmission de la maladie. Les stratégies vaccinales optimales susceptibles de faire reculer la flambée au maximum, telles que les recommande le Groupe stratégique consultatif d’experts (SAGE) sur la vaccination, doivent être mises en œuvre rapidement.
Quant aux pays voisins, les pays à risque, ils doivent collaborer de toute urgence avec les partenaires pour améliorer leur préparation en vue de détecter et de prendre en charge les cas importés, y compris par la cartographie systématique des établissements de santé et la surveillance active, moyennant la notification de l’absence de cas. Ces pays doivent continuer à cartographier les mouvements de population et à recenser les caractéristiques sociologiques permettant de prédire le risque de propagation de la maladie. La communication sur les risques et l’engagement communautaire, en particulier aux points d’entrée, doivent être renforcés. Les pays à risque doivent, en priorité, dans le cadre de la préparation, mettre en place des autorisations pour les médicaments et les vaccins expérimentaux.
Aucun pays ne doit fermer ses frontières ni imposer de restrictions aux voyages ou au commerce
« Aucun pays ne doit fermer ses frontières, ni imposer de restrictions aux voyages ou au commerce. Ces mesures sont généralement motivées par la peur et n’ont aucun fondement scientifique. Elles déplacent les mouvements de population vers des points de passage des frontières informels qui ne font pas l’objet d’une surveillance, augmentant ainsi les risques de propagation de la maladie. Plus fondamentalement, ces restrictions peuvent aussi mettre en péril les économies locales et avoir des conséquences néfastes sur les opérations de riposte du point de vue de la sécurité et de la logistique », souligne une autre recommandation pour tous les États.
Les autorités nationales doivent travailler avec les compagnies aériennes et les autres industries du transport et du tourisme pour s’assurer qu’elles ne vont pas au-delà des recommandations de l’OMS concernant le trafic international.
Dans ce registre, le Comité ne considère pas comme nécessaire le dépistage à l’entrée dans les aéroports ou les autres ports d’entrée extérieurs à la région.
Il sied de signaler que l’urgence sanitaire mondiale est une mesure exceptionnelle, qui n’a été décrétée que quatre fois seulement par l’OMS : en 2009 pour la grippe H1N1, en 2014 pour la poliomyélite, en 2014 pour l’épidémie d’Ebola qui a fait plus de 11 300 morts dans trois pays d’Afrique de l’Ouest (Liberia, Guinée, Sierra Leone) et en 2016 pour le virus Zika.
Guy-Marin Kamandji
