Kinshasa, le 09 octobre 2025 (caritasdev.cd) : À l’approche de la 30e Conférence des Parties sur le climat (COP30), une voix s’élève depuis les forêts équatoriales de la République démocratique du Congo : celle de Madame Paris Mona Kapupu, femme autochtone pygmée et défenseure infatigable des droits des communautés forestières. Elle appelle à une reconnaissance pleine et entière du rôle des femmes autochtones dans les négociations climatiques mondiales.
Gardiennes de la forêt, invisibles dans les forums
Les femmes autochtones sont les gardiennes de savoirs ancestraux et les piliers de la résilience communautaire. Pourtant, elles restent marginalisées, leurs terres accaparées, leur voix inaudible dans les espaces de décision. « La femme autochtone connaît la forêt mieux que quiconque. Mais sa voix n’est pas entendue car elle ne participe pas aux grandes réunions », déplore Mme Mona.
Dans les communautés autochtones du Congo, la femme joue un rôle central : elle construit les habitations, soigne sa famille grâce à sa connaissance des plantes médicinales, et assure la sécurité alimentaire. Ce savoir, transmis de génération en génération, est un levier puissant pour la préservation des forêts et de la biodiversité.
Mme Mona rappelle que les peuples autochtones ne sont pas suelement en RDC. On les retrouve auusi en Amériquelatine (Amazonie) et dans l’Asie du Sud Est ( Bassin du Mékong). Ces communautés partagent une relation sacrée avec la forêt. « Les peuples autochtones voient la forêt comme une épargne placée en banque qu’il faut gérer avec parcimonie », explique-t-elle, en contraste avec les logiques extractivistes dominantes.
Ces trois massifs forestiers Congo, Amazonie, Mékong sont les poumons de la planète. Leur préservation est cruciale pour l’absorption du carbone et la production d’oxygène. Les femmes autochtones, en tant que gestionnaires de ces écosystèmes, doivent être au cœur des politiques climatiques.
Recommandations pour une gouvernance inclusive
À la veille de la COP30, Mme Mona formule des recommandations concrètes. Il s’agit de : intégration équitable des femmes autochtones dans les délégations nationales, notamment celle de la RDC, la reconnaissance des savoirs traditionnels dans les politiques climatiques.
Il faudrait aussi penser à la création d’un fonds dédié aux initiatives portées par les femmes autochtones en matières d’agro écologie, d’artisanat forestier, de cosmétique naturelle, de bio économie. À cela, il faut ajouter : les mécanismes de consultation régulière entre gouvernements et organisations féminines autochtones du bassin du Congo et la création des alliances transcontinentales entre femmes autochtones d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie du Sud-Est pour une voix collective à l’échelle internationale.
Une COP pour faire entendre la voix de l’Afrique profonde
« Il est stratégique pour la RDC de faire participer les femmes autochtones à des événements internationaux comme la COP30 », insiste Mme Mona. Leur expérience de résilience, leur leadership et leur lien intime avec la forêt sont essentiels pour bâtir un avenir durable.
La COP30 pourrait marquer un tournant : celui où les femmes autochtones ne seront plus spectatrices, mais actrices des décisions qui façonnent le climat et l’avenir de la planète.
Keren Lulu
