Luiza, le 16 novembre 2020 (caritasdev.cd) : une dangereuse tête d’érosion menace de couper le quartier administratif de Luiza du reste de la province du Kasaï Central. En effet, un grand ravin avance inéluctablement depuis plusieurs mois au rythme de tombées de pluie vers une grand-route reliant une partie de Luiza-centre au reste de la province. La libre circulation des personnes ainsi que de leurs biens est en passe d’être compromise, notamment à l’encontre des écoliers, fonctionnaires des Services de l’Administration locale, transporteurs à vélo des denrées alimentaires, dénommés « Banyanda », ainsi que d’autres usagers. La situation est tellement grave qu’elle nécessite urgemment une intervention avec des engins lourds, a constaté le Chargé de Communication de la Caritas Congo Asbl, en mission de service à Luiza.
SOS de l’Administrateur du Territoire et de la population
L’Administrateur du Territoire et la population de Luiza lancent alors un SOS en direction du Gouvernement provincial du Kasaï Central, voire du Gouvernement central, pour faire face à ce sinistre qui risque d’enclaver ce territoire. Et pourtant, ce territoire tente de se relever des conséquences socioéconomiques négatives de la crise causée par les miliciens de Kamuina Nsapu.
Abordé par caritasdev.cd dans le Secteur de Bambaie où il était en mission d’itinérance, l’Administrateur du Territoire de Luiza, Mr Thomas Mutuile Mangole, a circonscrit ce problème.

« A mon arrivée à la tête du Territoire de Luiza, j’ai trouvé cette érosion qui voulait couper le plateau du chef-lieu avec la Commune. J’ai mené des démarches à l’époque. J’ai même informé le Gouverneur de province. J’avais monté même un comité de lutte contre cette tête d’érosion. Mais, les moyens étaient insuffisants. La sensibilisation faite dans la communauté n’a pas réussi. Nous avons trouvé qu’il y avait une résistance. Malheureusement, il y a eu un mouvement au sommet du Gouvernement provincial, avec d’abord la motion de censure contre le Gouverneur et ensuite le décès de son intérimaire. Vraiment, nous sommes bloqués », a déclaré l’Administrateur du Territoire de Luiza. Ce dernier a indiqué avoir contacté en outre le Programme de Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour un appui éventuel. « Nous attendons… Car, en tant qu’Entité Déconcentrée, dépourvue d’imprimés de valeur et des frais de fonctionnement, notre Territoire de Luiza ne peut pas venir à bout de cette tête d’érosion », a-t-il déploré.
La population, de son côté, lance un cri du cœur en direction des Gouvernements central et provincial.
« Nous quittons la Cité vers l’école. Mais, avec cette érosion, ce sera très grave. Nos élèves n’auront plus accès à l’école. Même les passants. Voyez même ceux qui transportent ces briques sur leurs vélos. C’est cette route qu’on emprunte pour tout faire. C’est ainsi que si le Gouvernement ne songe pas à nous aider, ce serait catastrophique ; Luiza serait complètement séparé du milieu rural où nous vivons », a plaidé un Directeur d’école secondaire.
« Le pays se meurt. Cette érosion date de longtemps. C’est la route principale que nous avons ici à Luiza. Et voilà qu’elle est en train d’être coupée. Ca nous fait de la peine. Que le Gouvernement s’en occupe », s’est écrié en Lingala un cycliste, spécialisé dans le transport des produits agricoles. Un de ses collègues a renchéri en Tshiliuba : « Cette érosion que vous voyez ici ne date pas d’aujourd’hui. Or, cette route relie Luiza à de grandes agglomérations comme Mbuji-Mayi, voire l’ex-Katanga. Nous demandons au Gouvernement de lutter efficacement contre cette érosion. Sinon, comment les véhicules passeront par ici ».

Selon certains usagers, ce quartier administratif de Luiza n’en est pas à sa première menace de l’érosion. Des têtes d’autres têtes d’érosion avaient déjà fait des dégâts dans ce quartier. Des maisons et la route avaient été emportées. Et, actuellement, à côté de la principale menace, d’autres têtes d’érosion constituent des risques latents.
Ainsi, au-delà de grands travaux à réaliser sur ce site, une sensibilisation communautaire s’avère nécessaire pour la protection de l’environnement dans une contrée comme Luiza dépourvue d’un système de canalisation des eaux de pluie.
ATA ECOFIN : « On est délaissé ! »
Répondant au téléphone ce lundi 16 novembre 2020, l’Administrateur du Territoire Assistant chargé de l’Economie et Finances (ATA/ECOFIN) a confirmé la situation décrite à caritasdev.cd une semaine plus tôt dans son bureau à Luiza. « Elle s’est même aggravée avec ces dernières pluies », a-t-il relevé. Maitre Joseph Ndembo wa Ndembo, faisait l’intérim de son titulaire en mission d’itinérance dans le territoire.
« A un certain moment, je me dis qu’on est délaissé. Vous avez vu cette érosion ? D’ici deux à trois jours, on n’aura plus de route. Nous serons enclavés », a-t-il déploré. « Nous sommes à Luiza. Cette partie s’appelle Kalunga. Et, on est foutu. On a tenté de travailler hier là-bas ; ça n’a pas tenu », a ajouté l’ATA à l’ECOFIN, qui a déploré la présence de beaucoup de têtes d’érosion. « L’Office des Voiries et Drainage (OVD) doit intervenir. La solution devrait venir du niveau provincial et non d’ici, avec des sacs de sable ou bambous », a-t-il martelé.
Pour mémoire, le Territoire de Luiza s’étend au sud de la Province du Kasaï Central. Sa superficie est de 1.702 kms-carré pour une population estimée à 1.592.374 habitants. Il comprend sept Secteurs suivants, en plus de la Commune rurale de Luiza : Bambaie, Bushimaie, Kabelekese, Kalunga, Loatshi, Luela et Lusanza.
Guy-Marin Kamandji (Envoyé Spécial)
