Bunia, le 26 février 2018 (caritasdev.cd) : « Les violences à Djugu ont provoqué plus de 250.000 déplacés internes, qui se sont installés dans les écoles, églises et hôpitaux, vivant dans la promiscuité et éprouvant des difficultés pour trouver à manger », a déploré la Mission de l’ONU pour la Stabilisation de la RDC (MONUSCO), dans un tweet ce lundi 26 février 2018.Click here to read the English version
Pour sa part, après avoir condamné les atrocités commises dans le Territoire de Djugu en Ituri, dont le bilan fait état notamment de plus de 60 morts et plusieurs milliers de déplacés internes, l’Evêque de Bunia interpelle la population de l’Ituri ainsi que les hommes bonne volonté : « l’être humain est créé à l’image de Dieu. Nous avons tous, sans exception, le devoir et l’obligation de protéger la vie que Dieu nous a donnée ».
Dans un message daté du 11 février 2018, Mgr Dieudonné Uringi souligne que « Dieu nous a établis pour vivre en frères et sœurs, car il est beau pour des frères de vivre ensemble et de s’aimer ». En sa qualité de Pasteur de l’Eglise de Bunia, il ajoute « : « Dieu nous demandera toujours comme il l’a fait à Caïn : ‘Où est ton frère ? Qu’as-tu fait à ton frère’ » (Cf. Gn 4, 9-10).
Mgr Uringi cite le Pape Benoît XVI, la Déclaration universelle des droits de l’homme et la Constitution de la RDC sur la sacralité et l’inviolabilité de la vie : personne n’a le droit d’ôter la vie de quelqu’un, car, la vie humaine est sacrée.
Des dégâts considérables et processus de pacification Hema-Lendu en danger
Les tristes événements du 02 au 10 février 2018 ont brisé la lueur d’espoir allumée en décembre 2017 dans le processus de pacification devant mettre fin au conflit interethnique renaissant entre les Hema et les Lendu dans le Territoire de Djugu.
Les violences enregistrées dans certaines chefferies ont causé des tueries (plus de 60 morts) dont la majorité est composée des femmes et des enfants ; incendies des maisons (plus de 2.000 habitations) ; vol ; plusieurs milliers des déplacés internes dont 20.000 recensés par la Caritas Bunia et plus de 60.000 réfugiés en Ouganda ; environ 100 écoles et 5 hôpitaux vidés et désertés ; …
Passivité et silence masqué de l’Autorité
« Nous regrettons que le peuple iturien n’ait pas tiré des leçons des souffrances récentes des guerres fratricides des années 1999-2003 », déplore le prélat. Il regrette aussi l’exploitation par certaines personnes de la misère de leurs frères pour des motifs de positionnement t de gain d’argent facile. « En fin de compte, nous regrettons le silence masqué de l’Autorité en place et sa passivité face à cette situation ainsi que l’indifférence des Députés et Sénateurs de l’Ituri. Alors que la Police et l’Armée sont déployées dans la zone meurtrie, les attaques d’hommes et les incendies des village se poursuivent et prennent de l’espace », s’indigne Mgr Dieudonné Uringi.
Recommandations aux Ituriens, Députés, Gouvernement, MONUSCO, …
L’Evêque de Bunia condamne avec force ces actes ignobles et fustige l’instrumentalisation des sensibilités ethniques à Djugu qui ne peut avoir pour but que de diviser pour régner.
Aux Ituriens et aux habitants de Djugu en particulier, il recommande de sauver leur fraternité pour construire ensemble leur Diocèse et leur jeune province de l’Ituri, mais aussi la RD Congo, sans céder à l’esprit de vengeance.
Aux semeurs de la désolation, l’Evêque demande de faire un examen de conscience et de revenir au bon sentiment.
« Sécurisez les personnes et leurs biens en toute impartialité », recommande-t-il aux Policiers et soldats du peuple.
Aux Députés et Sénateurs, « il est un devoir impérieux pour vous de faire un plaidoyer urgent à l’Assemblée Nationale et à l’assemblée provinciale pour diligenter une enquête parlementaire sur les atrocités commises à Djugu », poursuit l’Evêque.
Il demande au Premier Ministre et au Gouverneur de la Province de montrer leur bonne volonté et leur capacité à gouvernance. Et cela, en pacifiant dans le meilleur délai la zone troublée ; en prenant en charge les déplacés internes et les survivants de toutes ces atrocités ; en recherchant et punissant les acteurs de ces violences et en prenant des mesures efficaces pour éviter à jamais de telles hostilités.
Mgr Uringi recommande à la MONUSCO de s’acquitter adéquatement de son mandat de stabilisation et protection des civils dans le Territoire de Djugu.
Et « face à la crise humanitaire, nous en appelons à l’intervention des membres du Réseau Caritas, des Humanitaires et des autres organisations tant nationales qu’internationales ainsi qu’aux Agences des systèmes des Nations Unies », plaide-t-il.
Enfin, l’Evêque salue et encourage tous les acteurs de paix pour leurs initiatives qui donnent des raisons d’espérer, tout en implorant l’intercession de la Sainte Vierge Marie pour son Diocèse, sa Province et la République Démocratique du Congo (RDC).
Dody ISHAKU(Stagiaire) & Guy-Marin Kamandji
